La chute du football anglais

L’Angleterre connait une période difficile, tant au niveau Européen avec les mastodontes anglais qui ne parviennent plus à remporter au moins l’une des deux compétitions Européennes (mise à part Chelsea en 2012), qu’au niveau Mondial avec une sélection qui ne réussit jamais, et même plus, subit de véritables humiliations lors des tournois. Si le championnat déchaîne les passions par sa folie, il l’est beaucoup moins face à des équipes d’autres championnats. Alors pourquoi ce cruel manque de résultats ? Chronique d’une succession d’échecs et mauvais choix à tous les niveaux.

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Pour comprendre pourquoi le football anglais ne se hisse plus au sommet de l’Europe, il suffit tout simplement de regarder la Premier League. Qui ne la regarde pas ? Qui ne prend pas un plaisir onctueux à voir des matchs fous, avec une intensité dingue et des matchs aux scénarios dignes des plus grandes affiches européennes, nourris d’attaques-contre-attaques à tout-va ? Eh bien je vais vous dire qui, personne. Absolument personne.Pourquoi ? Parce que l’on vibre, même si ce n’est pas notre équipe qui joue. Parce qu’on finit les matchs sous perfusions de glucose avec une bonne dose de ventoline dans les poumons alors qu’on est juste sur notre canapé. Mais essayons de comprendre pourquoi il n’y a « qu’en PL » que les matchs sont aussi intenses. Force est de constater, et on vous conseille d’y jeter un œil très attentif lors des prochains matchs de PL que vous regarderez, que le mot « tactique » n’est pas réellement celui que joueurs comprennent le plus, ou que les entraineurs enseignent le plus, en fonction des clubs. Le football anglais est spécial, spectaculaire, oui, mais moche. Nombreux sont les matchs où l’on arrive très peu (voire pour certains pas du tout) à distinguer une quelconque approche tactique travaillée à l’entrainement par l’entraineur et ses joueurs. Nombreux sont les matchs où au bout d’exactement 47 secondes de jeu l’arrière gauche va centrer sur l’aile droite pour qu’un des deux défenseurs centraux le reprenne. Nombreux sont les matchs où le déchet technique est comparable à certaines équipes de district. La folie des joueurs sur le terrain n’est que l’arbre qui cache la forêt, et c’est bien cette forêt là que l’on voit lors des Coupes d’Europe face à des équipes un minimum organisées tactiquement, même si le niveau de l’effectif est plus fort. Le foot anglais, pour remonter la pente, ne peut quasiment compter que sur les entraîneurs étrangers officiant en BPL. Oui Klopp fait du bon boulot à Liverpool malgré le manque cruel de régularité. Oui Mourinho a réussi là-bas, et malgré ses compétences tactiques absolument magiques, The Special One paie parfois (voire surtout) sa déficience sur l’humain avec certains groupes de joueurs dont il hérite. Guardiola ? Difficile de le juger sur sa seule saison en PL, mais il a quand même hérité d’un paquet de talent, et les résultats ne sont clairement pas à la hauteur des attentes, mais attendons la saison prochaine. Wenger ? Ne nous acharnons pas sur lui, tout a déjà été dit. Le travail de Pocchettino chez les Spurs depuis 2014 a été extrêmement bien réussi au niveau national, gros blocage dès les poules. Et le meilleur pour la fin… Antonio Conte. Quel homme, ma tu che cosa è Antonio ? Il est arrivé avec son 3-4-3 (cela doit bien être l’une des premières fois en PL), et comme un claquement de doigts, Chelsea revit, mené par un Hazard qui renaît et un Kanté qui compte double. Alors oui ces équipes-là étaient déjà des top clubs depuis quelques temps mais Leicester l’a bien fait… Emmené par un Italien… Et qui dit Italien dit ?

L’inconvénient de cette culture du Fighting-Spirit, mélange de physique et de mental,se limite au championnat anglais. Pays très égoïste sur son championnat, que les anglais considèrent comme le meilleur du Monde sans même l’ombre d’un doute, l’Angleterre n’a donc pas véritablement de culture tactique approfondie, et cette tactique ne s’apprend pas du jour au lendemain, mais dès la formation.Stéphane Henchoz, ancien joueur de Liverpool entre autres, avait étudié la PL, et ses constats étaient non seulement réalistes, mais surtout très évocateurs du mal anglais (voir son superbe article ici : https://www.letemps.ch/sport/2016/06/28/formation-point-faible-angleterre). Le joueur anglais type ne sait que tacler (puis se faire applaudir par les supporters pour son tacle les deux pieds décollés sur le coxys du joueurs adverse), presser (pour ensuite arriver à tacler dans n’importe quelle partie du corps adverse), mais pas réellement faire du ballon un art, comme les espagnols peuvent le faire par exemple. Pouvez-vous nous citer un joueur des Three Lions jouant à l’étranger ? Si vous n’arrivez pas, pouvez-vous nous citer un bon joueur anglais évoluant dans un autre grand championnat européen ? Très, très difficile. Pourquoi ? Parce que le joueur anglais ne s’exporte pas. Il ne sait pas faire ce que d’autres cultures footballistiques lui demandent de faire, parce qu’on ne lui a pas appris à jouer un assez bon football dans sa globalité, ou en tout cas un mauvais football où le plus physique et le plus déterminé sort du lot, et où l’intelligence de jeu, la technique collective ne sont pas mises en avant. La faute à qui ? A toute la structure anglaise qui est extrêmement mal conçue. Jusqu’en 2013, vous pouviez entraineur jusqu’en Championship sans aucun diplôme d’entraineur… C’est vous dire la qualité des entrainements que les jeunes ont dû avoir. L’Angleterre ne peut plus compter sur ses mauvaises bases, et même s’ils ont sûrement dû s’en rendre compte, cela prendra du temps avant de faire son effet.

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En attendant de voir ce que vaut réellement sa formation après certains changements, la Premier League surfe sur ses 6,92 milliards d’euros (tels sont les droits TV de la PL pour les trois prochaines saisons, soit trois fois le montant ceux pour la Ligue 1). Ce chiffre est certes impressionnant mais ne reflètent que l’engouement que suscite le championnat dans le Monde entier. Mais voilà encore un problème. Dans un processus normal, plus vous gagnez d’argent, plus vous en dépensez, et plus vous le dépensez mal, en tout cas en Angleterre. La PL c’est un peu le rêve Américain, tout est possible, en théorie, car si les revenus sont surréalistes, les transferts eux deviennent plus accessibles pour tous les clubs de PL, en démontre Leicester qui avait réussi à recruter N’Golo Kanté à Caen alors que Lyon et Marseille se l’arrachaient pour un transfert entre 5 et 6M€, mais l’argent a pris le dessus et Kanté est parti pour 9M€ en Angleterre. Alors oui cela nous arrange en Ligue 1 car on vend mieux nos joueurs qui ne valent pas le prix pour lequel ils ont été vendus, mais Outre-Manche, payer 15 millions d’euros pour un joueur qui en vaut réellement 3 leur est égal (comment ne pas citer le sublime transfert de Didier Ndong, de Lorient à Sunderland pour 20M€ ? Somptueux.).

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Car si les top clubs anglais se permettent des grandes folies avec des transferts environnant régulièrement les 40-50 millions, les autres, et même les promus (qui touchent environ 120 millions d’euros de droits TV… on vous laisse imaginer le pouvoir qu’ils ont alors qu’ils viennent juste de monter en première division) détruisent toute forme de concurrence financière sur le marché des transferts. Mais cette richesse les dépasse et ils ne savent plus quoi en faire, ils dépensent donc sans compter et sans véritablement évaluer leur prochaine recrue, son niveau, son apport et sa potentielle compatibilité avec l’équipe et même le championnat. Beaucoup se sont perdus en PL avant de revenir dans leur pays, notamment beaucoup de Français qui pensaient vivre le rêve Américain à l’Anglaise, et ont finalement vécu le néant le plus total.

Round of 16 England vs Iceland

Mais tous ces échecs ne se limitent pas qu’au championnat et aux mauvaises prestations européennes. La sélection desThree Lions est comme le symbole de ce tas d’échecs. Aucun titre depuis le seul et unique en 1966 et une Coupe du Monde remportée à la maison face à la RFA. Sur ces dernières compétitions, l’Angleterre a toujours déçu, et s’est même faite humiliée lors du dernier Euro. Sur ces deux dernières Coupe du Monde, l’Angleterre est battue 4-1 et donc éliminée dès les 8e de finale en 2010 face à l’Allemagne (avec notamment le but Lampard injustement invalidé), puis en 2014 où la sélection rentre à la maison dès la phase de poules tout comme l’Italie, laissant le Costa Rica et l’Uruguay se qualifier. Lors de ces deux derniers Euro, elle finit devant la France en phase de poules en 2012 et est sortie par l’Italie aux tirs aux buts en quart de finale, puis par l’Islande en 8e de l’Euro 2016. Voilà la sélection qui paie les erreurs et la mauvaise vision du foot à l’anglaise, mais pas seulement. Tous les joueurs des Three Lions évoluent en Premiere League, le problème étant les clans qui divisent le groupe de joueurs quant aux clubs dans lesquels chacun évolue. Le clan Manchester United, face au clan Chelsea, face au clan Arsenal, Liverpool, Manchester City, Tottenham etc… Comment espérer des résultats lorsque vous avez 5-6 groupes qui ne s’entendent pas ? Vous ne pouvez clairement pas, et si les Anglais veulent des résultats, ils vont devoir compter sur un changement de mentalité des joueurs anglais, mais aussi et surtout la nomination d’un entraineur de qualité pour emmener loin une équipe d’Angleterre avec un potentiel certain.

Le mal est profond mais l’Angleterre ne semble pas souffrir, tout simplement parce qu’elle ne se rend pas compte. Renfermée sur elle-même, elle ne se concentre que sur championnat, et comme le disait Michael Owen, un club anglais préfère largement battre son rival en finale de FA Cup plutôt que de viser une grosse performance européenne… voilà où est le mal anglais.

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